À l'occasion des 30 ans de Notaires 35, il revient sur ce que trois décennies de marché ont changé dans les attentes des particuliers, et sur la place que garde un média spécialisé dans un paysage saturé de contenus.
« Je leur dirais d'abord une chose simple : en 2026, on n'achète plus seulement des mètres carrés, on achète aussi un contexte.
Dans les années 2000, beaucoup de projets se construisaient autour de trois questions : l'emplacement, le prix et la capacité d'emprunt. Ces critères restent essentiels, mais ils ne suffisent plus. Aujourd'hui, il faut ajouter la performance énergétique, le coût réel des travaux, l'évolution des usages, la qualité de la desserte, la sobriété du bien, et sa capacité à rester désirable dans dix ou quinze ans.
Mon conseil, c'est de raisonner moins en « coup de cœur immédiat » et davantage en solidité du projet dans le temps. Un achat réussi, ce n'est pas seulement un bien que l'on peut acquérir : c'est un bien que l'on pourra financer, entretenir, habiter, revendre ou transmettre dans de bonnes conditions.
J'ajouterais qu'en 2026, l'acheteur doit accepter de se faire accompagner plus tôt. Le notaire n'intervient pas seulement pour authentifier à la fin : il peut sécuriser en amont, alerter sur les servitudes, l'urbanisme, les contraintes environnementales, la situation familiale ou patrimoniale. Plus le projet est préparé tôt, plus la décision est libre et sereine. »
« Je crois que Notaires 35 a tenu parce qu'il n'a pas essayé d'être plus rapide qu'Internet, mais plus utile.
Le web va plus vite. Les réseaux sociaux vont plus fort. Mais ni l'un ni les autres ne remplacent facilement une parole identifiée, enracinée, relue, hiérarchisée, et portée par des professionnels de confiance. Lorsqu'on parle de logement, de famille, de patrimoine, de transmission ou de cadre de vie, les lecteurs ne cherchent pas seulement une information : ils cherchent un repère.
À mon sens, la force de Notaires 35, c'est d'avoir conservé cette fonction de repère local et concret. Le magazine parle à des habitants, à des familles, à des élus, à des porteurs de projet, avec un langage accessible mais sans céder à l'approximation. Il ne cherche pas le bruit, il cherche la clarté. Dans une époque saturée de contenus, la clarté devient une vraie valeur.
Il y a peut-être aussi une raison plus profonde : un média dure lorsqu'il ressemble à son territoire. L'Ille-et-Vilaine est un département vivant, mobile, exigeant, où les questions immobilières, patrimoniales et familiales sont très concrètes. Notaires 35 a résisté parce qu'il ne surplombe pas son lectorat : il l'accompagne.
Beaucoup de supports ont voulu capter l'attention. Notaires 35, lui, a continué à mériter la confiance. Et, sur la durée, la confiance est plus résistante que l'audience. »
« La première évolution, c'est la montée de la complexité. Autrefois, beaucoup de dossiers paraissaient plus linéaires. Aujourd'hui, une négociation immobilière suppose presque toujours de croiser davantage de paramètres : financement, réglementation, diagnostics, urbanisme, performance énergétique, contraintes environnementales, situation familiale, calendrier, et attentes parfois très différentes entre vendeurs et acquéreurs.
La deuxième évolution, c'est le rapport au temps. Tout le monde veut aller vite, mais les dossiers exigent souvent davantage de vérifications. Il faut concilier deux attentes presque contradictoires : la rapidité et la sécurité. C'est là que la négociation notariale a une singularité forte : elle ne cherche pas seulement à rapprocher deux volontés, elle cherche à bâtir un accord durable, juridiquement robuste.
La troisième évolution, c'est le numérique et l'intelligence artificielle. Les outils ont transformé la circulation des informations, la réactivité, la relation client, la préparation des dossiers. C'est un progrès considérable, mais paradoxalement, plus les outils accélèrent, plus la valeur du discernement humain devient visible. Un bon outil permet d'aller plus vite, un bon notaire permet d'aller juste.
Enfin, ce qui a sans doute le plus changé, c'est l'attente des clients eux-mêmes. Ils sont plus informés, plus comparatifs, parfois plus inquiets aussi. Ils arrivent avec des données, des simulations, des contenus trouvés en ligne. Notre rôle n'est plus seulement d'expliquer le droit : il est aussi de remettre de l'ordre, de la méthode et de la fiabilité dans une masse d'informations souvent inégales.
En somme, je dirais qu'autrefois on achetait surtout un bien ; aujourd'hui, il faut acheter un équilibre de vie et de sécurité juridique. »

