Raffaillac Christophe
15.07.2026

Maître Bello et Maître Veyssières: transmission, viticulture, clients - portrait de deux notaires girondins face aux mutations de leur marché

Maître Bello et Maître Veyssières: transmission, viticulture, clients - portrait de deux notaires girondins face aux mutations de leur marché
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Présents à la journée de formation du groupement notarial de négociation du Sud-Ouest, Maître Bello, notaire à Créon, et Maître Veyssières, notaire à Blanquefort, ont répondu sur l'état de leur marché : la vague papy-boomers, la crise viticole en Entre-Deux-Mers, les premières successions internationales, et le mot qui fait encore tiquer dans la profession - être commercial.

Ce qu'il faut retenir :

  • La vague de transmissions papy-boomers n'a pas encore déferlé - mais les outils juridiques se sont affinés : donations partage transgénérationnelles, intégration des petits-enfants, optimisation fiscale sur mesure.
  • Le marché viticole girondin traverse une crise profonde dans l'Entre-Deux-Mers : plus d'acquéreurs, châteaux qui se dévalorisent, arrachage plutôt que transmission.
  • Les successions internationales restent marginales mais commencent à se présenter, y compris pour des profils inattendus.
  • "Être commercial" reste un gros mot dans le notariat - et pourtant, pour Maître Bello, c'est la réalité de celui qui s'installe en 2026.
  • Le lien de proximité est long à construire et c'est, selon Maître Veyssières, le seul vrai capital durable du notaire face à la mobilité croissante des clients.

La transmission papy-boomers : le raz-de-marée est-il vraiment là ?

Maître Veyssières : « Écoutez, dans mon étude, je pense que c'est un sentiment un peu partagé. Je ne trouve pas qu'aujourd'hui on ressent ça. Il y a évidemment toujours un intérêt pour les papy-boomers de transmettre leur patrimoine à meilleur coût. Donc ils viennent toujours nous consulter dans nos études pour ça. La fiscalité telle qu'elle existe aujourd'hui n'est pas la plus favorable qu'on ait connue - on a connu des périodes où l'on réalisait beaucoup plus de donations. L'idée c'est quand même d'anticiper les transmissions pour fiscalement essayer de s'en sortir au mieux vis-à-vis du Trésor public.

Simplement, on a des outils juridiques qui nous permettent aujourd'hui d'en réaliser de façon plus optimisée, avec des donations partage, des donations partage transgénérationnelles - on intègre les petits-enfants, ce qu'on ne faisait pas par le passé. Donc ce sont des outils à notre service. »

Maître Bello : « De mon côté, je suis un peu comme mon confrère. Je n'ai pas l'impression d'avoir une pléthore de demandes de papy-boomers pour transmettre leur patrimoine. Au niveau du droit de la famille, il n'y a pas une grosse évolution. On a beaucoup donné, on continue à donner. Les gens viennent se renseigner. Mais je n'ai pas un raz-de-marée de demandes de transmission au profit des enfants ou des petits-enfants. »

Et du côté du marché viticole, qu'est-ce que vous observez ?

Maître Bello : « Je suis à Créon, donc je suis baigné par les vignes. Pour autant, notre étude ne fait pas spécialement de droit de la vigne ni de vente de châteaux. Ce qui est sûr, c'est qu'au niveau viticole, c'est une catastrophe. Les châteaux ne valent plus ce qu'ils valaient. Dans l'Entre-Deux-Mers, ce sont des petits vins - très bons, mais des petits vins quand même. Et on n'a pas d'acquéreur. Plus personne ne veut se lancer dans ce métier, parce qu'il n'y a plus de rentabilité, tout simplement. On est plus en train d'arracher dans mon coin que de transmettre ou vendre des domaines viticoles. »

Vous traitez aussi des successions internationales ?

Maître Veyssières : « Oui, ça nous arrive. À Blanquefort, ce n'est pas mon quotidien évidemment. Mais j'évoquais avec mon confrère tout à l'heure un exemple récent de clients qui habitent à l'Île Maurice - des gens français, nés en France, installés là-bas, qui m'interrogent sur un changement de régime matrimonial depuis leur mariage à Port-Louis. Ça peut arriver. »

Quel conseil donneriez-vous à un notaire qui s'installe aujourd'hui ?

Maître Bello : « En 2026, c'est un gros mot dans le notariat : être commercial. Aller chercher le client, c'est normalement quelque chose qu'on ne fait pas dans notre profession. Mais celui qui démarre, s'il attend qu'on l'appelle, personne n'appellera. Il va falloir qu'il aille chercher les clients. Il faudra qu'il soit disponible - sachant qu'on est tous déjà très disponibles. »

Maître Veyssières : « Et je dirais : aimer son métier, aimer le conseil, aimer ses clients. C'est la priorité. »

Aller chercher les clients. Aimer son métier, aimer le conseil, aimer ses clients. Ces deux formules se répondent sans se contredire - et c'est peut-être ce qu'il y a de plus juste dans cet entretien. Le notaire de 2026 ne peut plus attendre qu'on le sollicite, mais ce serait une erreur de n'y voir qu'une question de prospection. Ce qui fidélise, ce qui fait revenir les familles d'une génération à l'autre, c'est autre chose : ce lien de proximité que Maître Veyssières résume d'un mot et que Maître Bello sait aussi long à construire qu'il est décisif.

À lire aussi : Immobilier et démographie : les mutations qui redessinent le métier de notaire et Choc d'héritage 2040 : les 5 défis urgents pour les notaires.

Raffaillac Christophe
Rédacteur en chef
Économiste de formation, Christophe Raffaillac pilote la ligne éditoriale des magazines Notaires et Immonot au sein de Notariat Services. Spécialiste du marché immobilier et des enjeux de transition énergétique du logement, il nourrit ses analyses d'échanges réguliers avec des notaires, experts et acteurs du secteur. Ses articles sur le blog Solutions abordent les dynamiques du marché, la négociation notariale et les mutations de l'habitat avec un regard à la fois rigoureux et accessible.
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