Maître Veyssières : « Écoutez, dans mon étude, je pense que c'est un sentiment un peu partagé. Je ne trouve pas qu'aujourd'hui on ressent ça. Il y a évidemment toujours un intérêt pour les papy-boomers de transmettre leur patrimoine à meilleur coût. Donc ils viennent toujours nous consulter dans nos études pour ça. La fiscalité telle qu'elle existe aujourd'hui n'est pas la plus favorable qu'on ait connue - on a connu des périodes où l'on réalisait beaucoup plus de donations. L'idée c'est quand même d'anticiper les transmissions pour fiscalement essayer de s'en sortir au mieux vis-à-vis du Trésor public.
Simplement, on a des outils juridiques qui nous permettent aujourd'hui d'en réaliser de façon plus optimisée, avec des donations partage, des donations partage transgénérationnelles - on intègre les petits-enfants, ce qu'on ne faisait pas par le passé. Donc ce sont des outils à notre service. »
Maître Bello : « De mon côté, je suis un peu comme mon confrère. Je n'ai pas l'impression d'avoir une pléthore de demandes de papy-boomers pour transmettre leur patrimoine. Au niveau du droit de la famille, il n'y a pas une grosse évolution. On a beaucoup donné, on continue à donner. Les gens viennent se renseigner. Mais je n'ai pas un raz-de-marée de demandes de transmission au profit des enfants ou des petits-enfants. »
Maître Bello : « Je suis à Créon, donc je suis baigné par les vignes. Pour autant, notre étude ne fait pas spécialement de droit de la vigne ni de vente de châteaux. Ce qui est sûr, c'est qu'au niveau viticole, c'est une catastrophe. Les châteaux ne valent plus ce qu'ils valaient. Dans l'Entre-Deux-Mers, ce sont des petits vins - très bons, mais des petits vins quand même. Et on n'a pas d'acquéreur. Plus personne ne veut se lancer dans ce métier, parce qu'il n'y a plus de rentabilité, tout simplement. On est plus en train d'arracher dans mon coin que de transmettre ou vendre des domaines viticoles. »
Maître Veyssières : « Oui, ça nous arrive. À Blanquefort, ce n'est pas mon quotidien évidemment. Mais j'évoquais avec mon confrère tout à l'heure un exemple récent de clients qui habitent à l'Île Maurice - des gens français, nés en France, installés là-bas, qui m'interrogent sur un changement de régime matrimonial depuis leur mariage à Port-Louis. Ça peut arriver. »
Maître Bello : « En 2026, c'est un gros mot dans le notariat : être commercial. Aller chercher le client, c'est normalement quelque chose qu'on ne fait pas dans notre profession. Mais celui qui démarre, s'il attend qu'on l'appelle, personne n'appellera. Il va falloir qu'il aille chercher les clients. Il faudra qu'il soit disponible - sachant qu'on est tous déjà très disponibles. »
Maître Veyssières : « Et je dirais : aimer son métier, aimer le conseil, aimer ses clients. C'est la priorité. »
Aller chercher les clients. Aimer son métier, aimer le conseil, aimer ses clients. Ces deux formules se répondent sans se contredire - et c'est peut-être ce qu'il y a de plus juste dans cet entretien. Le notaire de 2026 ne peut plus attendre qu'on le sollicite, mais ce serait une erreur de n'y voir qu'une question de prospection. Ce qui fidélise, ce qui fait revenir les familles d'une génération à l'autre, c'est autre chose : ce lien de proximité que Maître Veyssières résume d'un mot et que Maître Bello sait aussi long à construire qu'il est décisif.
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