Le redressement partiel des volumes en 2025-2026 ne dissipe pas la pression sur les revenus tarifés : plus de notaires en exercice, réforme des émoluments, concurrence accrue par acte.
La rémunération du notaire sur les actes immobiliers est réglementée par barème. Ce modèle est confronté à une double évolution qui n'est pas conjoncturelle.
D'un côté, les volumes ont subi un creux sévère : 1 251 000 transactions au pic d'août 2021, 832 000 au creux de septembre 2024, 892 000 à fin avril 2025 selon la Base des Références Immobilières des Notaires de France. Les volumes remontent, mais lentement et irrégulièrement : au T1 2026, les notaires franciliens décrivent eux-mêmes un marché "en dents de scie", extrêmement sensible au moindre choc économique ou géopolitique, avec un investissement locatif toujours absent des transactions (Chambre des Notaires de Paris, mai 2026). De l'autre, le nombre de notaires a augmenté de +80 % en 8 ans, passant à 17 536 professionnels en exercice au 31 décembre 2025 (Rapport annuel CSN 2025). Résultat mécanique : plus de notaires se partagent un volume d'actes tarifés qui n'a pas suivi la même progression. Le signe le plus concret de cette pression : en 2025, 1 772 offices ont dû bénéficier d'une aide à la compensation des écrêtements d'émoluments - soit près d'un office sur quatre.
L'Autorité de la concurrence ajoute une pression réglementaire : dans son avis du 31 juillet 2025, elle dresse un bilan "mitigé" des réformes tarifaires engagées depuis la loi Macron de 2015. Son avis 26-A-03 du 25 février 2026 recommande la création de 261 nouveaux offices pour 2026-2031.
Un redressement partiel des volumes ne résout pas la pression structurelle sur les marges. Les études notariales qui n'ont pas diversifié leurs sources de revenus restent exposées.
Des honoraires libres, un mandat, une activité directement adossée au coeur de métier du notaire. La négociation n'est pas une activité parallèle - c'est un prolongement naturel.
Le notaire peut intervenir comme intermédiaire dans une transaction immobilière, sous couvert de sa carte professionnelle. À ce titre, il perçoit des honoraires de négociation librement fixés avec le vendeur - sans barème imposé. L'activité s'appuie sur un mandat de vente confié par le vendeur, la recherche d'un acquéreur et la négociation du prix.
Elle n'interfère pas avec le rôle instrumentaire du notaire : les deux missions sont exercées dans le respect des règles déontologiques de la profession. Et la compétence juridique du notaire constitue un argument de différenciation réel face aux agences, particulièrement sur les dossiers complexes : succession, indivision, régimes matrimoniaux.
La négociation notariale représente aujourd'hui une part encore minoritaire du marché immobilier résidentiel - ce qui signifie une marge de progression importante pour les études qui s'y positionnent. Pour la mise en oeuvre opérationnelle - estimation, diffusion, fidélisation - notre guide pratique de la négociation notariale détaille les étapes concrètes.
Comparée au conseil patrimonial ou au droit des affaires, la négociation immobilière est plus rapide à structurer et génère du volume dès les premiers mois.
Les études qui cherchent à développer leurs revenus hors tarif disposent de plusieurs leviers : conseil juridique et patrimonial, droit des sociétés, formalités administratives... La négociation présente un avantage spécifique : elle est immédiatement lisible pour les clients, elle génère du flux régulier, et elle s'industrialise plus facilement que les activités de conseil à forte valeur unitaire.
Comme le souligne Maître Guillaume Latournerie, président du GNN Sud-Ouest, dans notre interview : "la négociation est l'élément où on a le plus de rapport qualité-prix, et surtout le plus facile à mettre en place pour générer du chiffre d'affaires."
Un audit du cabinet EY portant sur plus de 1 500 études et 350 services de négociation en France le confirme par les chiffres : quand un notaire chiffre réellement ce que lui versent les agences en apport d'affaires, le montant est généralement faible au regard de ce que la négociation en propre peut générer.
Il n'existe pas de moment parfait. Les études qui ont structuré leur activité pendant le creux 2023-2024 abordent le redressement progressif du marché avec une longueur d'avance.
"C'est dans un moment de crise qu'on prend les bonnes méthodes pour générer des mandats et des ventes", rappelle Maître Latournerie. Le redressement progressif de 2025-2026 lui donne rétrospectivement raison : les études qui ont bâti leur service de négociation pendant le creux sont aujourd'hui opérationnelles là où d'autres construisent encore.
L'argument vaut aussi pour celles qui n'ont pas encore sauté le pas. La pression structurelle décrite plus haut ne disparaîtra pas avec le redressement des volumes - au contraire, plus de transactions signifie plus d'actes à capter, et les études organisées en négociation en capteront davantage. Construire l'activité dans l'urgence du retour de marché est moins efficace que de la construire sereinement.
Groupement, formation, outillage : trois entrées complémentaires pour démarrer sans partir de zéro.
Rejoindre un groupement de négociation. Les groupements régionaux offrent un cadre clé en main : formation, réseau inter-études, partage de dossiers et délégation de mandat entre offices. C'est la voie la plus rapide pour acquérir un bagage technique sans le construire seul.
Former un négociateur immobilier dédié. L'activité repose sur un collaborateur distinct du personnel chargé des actes. La formation initiale est courte et les premières opérations arrivent rapidement. La taille de l'étude n'est pas un frein : un office avec un seul salarié peut tout à fait lancer son service - la qualité du binôme notaire-négociateur compte davantage que les moyens disponibles au départ.
Choisir le bon dispositif de départ. Rejoindre un groupement, recruter un négociateur en solo, ou s'appuyer sur la délégation entrante depuis d'autres études : les options varient selon la taille et la stratégie de l'étude. Un tour d'horizon complet est disponible dans notre article créer son service de négociation notariale.
La question n'est plus seulement de savoir si la négociation a sa place dans une étude notariale. C'est de savoir quelle place l'étude souhaite lui donner dans son modèle de développement.
Notre guide de mise en oeuvre pour structurer l'activité concrètement.

